Le développement des trains de nuit : un challenge organisationnel et financier


Par : Stéphane Coppey, Président de Destination trains de nuit

Promis à la disparition en Europe de l’ouest il y a dix ans, quelques
trains de nuit ont survécu et attirent depuis 2021 une clientèle de plus en
plus nombreuse, friande de voyages à prix modérés et respectueux de
l’environnement. Leur développement est aujourd’hui limité par un manque de
matériel roulant, des travaux nocturnes sur les voies ferrées, une
difficile coopération entre exploitants et une équation économique
délicate. Malgré l’existence de l’Agence ferroviaire européenne (ERA), les
délais d’homologation des nouveaux matériels sont longs, notamment pour
rouler sur le réseau français : les nouvelles rames qui seront commandées
en France fin 2026 ne devraient pas être disponibles avant 2033-2034.

D’anciennes rames, dont le désamiantage s’impose même en cas de
destruction, pourraient être rénovées en moins de deux ans et conforter le
parc existant dans les dix ans qui viennent : renforcement quantitatif et
qualitatif des trains, rétablissement de la desserte du Massif Central…
Quant au remplacement urgent des locomotives en fin de vie, les nouveaux
modèles d’Alstom et de Siemens sont homologués ou en passe de l’être
prochainement.

En France comme en Allemagne, une part importante du réseau ferré
structurant est non circulable la nuit (hors été) pour cause de travaux.

L’urgente remise à plat de l’organisation des chantiers nocturnes doit
permettre de maintenir 365 jours par an des itinéraires, même alternatifs,
à l’image de la circulation du train de nuit Paris-Tarbes par la LGV
Tours-Bordeaux le week-end, où la ligne classique subit de lourds travaux
d’entretien. Enjeu organisationnel majeur également pour la gestion
opérationnelle des aléas, qui nécessite un pilotage temps réel et une
coopération au plus niveau.

L’équation économique est sans doute le point le plus sensible. Les
recettes doivent intégrer :

le prix des nuitées, selon différents niveaux de confort
celui des voyages, y compris sur des parcours prolongés de début et de fin
de journée
et sans doute celui de prestations complémentaires (en-cas,
petits-déjeuners, …).
Des soutiens financiers au lancement restent indispensables : partenariats
locaux ou régionaux, privés et publics, notamment au titre du développement
économique et touristique, de l’équilibre des territoires, de la
contribution à la préservation de l’environnement et de la santé humaine.
Plus que jamais, une dynamique collective est nécessaire, ainsi qu’une
impulsion forte au niveau européen : spécifications communes et garantie
d’emprunt pour le matériel roulant, facilitation de l’interopérabilité aux
frontières, pass rail, droit des passagers…

Source : La vie du rail

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