Les trains de nuit sont désormais entre les mains de jeunes créateurs en
quête de renouveau de ce moyen de transport. C’est une bonne chose et le
récent InnoTrans 2026 permettait de visualiser trois projets en phase
d’étude, certains plus avancés que d’autres. Et c’est justement à Berlin
que beaucoup de choses se passent.
Ils s’appellent Nox, Luna ou ALISA. Des noms inconnus jusqu’ici mais
peut-être plus pour longtemps. Ces projets en phase de développements
veulent redéfinir complètement l’idée du voyage de nuit en train, en tenant
compte des aspirations d’aujourd’hui.
Alors que les rares opérateurs en Europe exploitent des trains de nuit avec
des agencements inchangés depuis des décennies, les trois projets ont pour
point commun de faire la part belle au voyage individuel et de tourner le
dos au camping sur rail. Le tout vise à exploiter ces concepts de manière
financièrement viable.
Nox Mobility est entreprise allemande fondée par Thibault Constant,
créateur de la chaîne You Tube Simply Railway, et Janek Smalla, un ancien
responsable de FlixTrain. En avril 2026, Nox Mobility a finalisé une levée
de fonds d’amorçage de 2 millions d’euros menée par IBB Ventures.
Contrairement à European Sleeper ou aux Nightjets des ÖBB, Nox revoit
complètement la structure des cabines en privilégiant l’espace individuel,
une demande forte de la clientèle d’aujourd’hui.
Nox veut fonctionner avec un modèle proche de l’aérien : options payantes,
restauration à la place et personnel présent à bord. « *Prendre un train de
nuit en Europe signifie encore partager un compartiment avec quatre
inconnus et espérer que le voyage soit supportable. Avec Nox, chaque
passager dispose de son propre espace pour travailler et se reposer. Une
nuit à bord d’un train Nox devrait réunir tout ce qui nécessitait
auparavant trois réservations : le voyage aller, l’hébergement et le matin
à destination* », expliquait Thibaut Constant à Railway Gazette.
La startup a présenté à InnoTrans ses « Nox Suites », un espace personnel
conçu pour un seul passager. Cette suite comprend un grand siège, un espace
de rangement pour les bagages et les valises, ainsi que des prises
électriques. La table, assez haute, est en réalité un bac destiné à
accueillir… les pieds de votre voisin(ne) de derrière. Les cloisons
s’arrêtent à un mètre du sol et tout le monde – assis ou couché -, est donc
visible depuis le couloir central.
Ce concept fait penser à la Première classe intercontinentale de certaines
compagnies aériennes, comme chez Emirates ou Singapore Airlines, mais en
moins luxueux. L’avantage en revanche est la possibilité d’utiliser ce type
de confort en voyage de jour.
Un autre confort avec plus d’intimité sont les cabines « Nox Rooms »,
prévues à partir de 2028 ou 2029, et qui proposeront des configurations
simples ou doubles. Dans ce cas-ci, l’intimité est garantie totalement :
les « rooms » sont en réalité des compartiments à 1 ou 2 places, de part et
d’autre du couloir central, avec transformation à un ou deux lits.
Dans un premier temps, Nox louerait des voitures IC-1 d’occasion de la
Deutsche Bahn, d’anciennes Bpmz construites dans les années 1980, modifiées
par l’agence 4Ride et louées par Creditas Mobility.
Le prix d’appel serait d’environ 65 euros, avec une tarification variable
selon la demande. L’idée serait de lancer 3 trains par semaine entre fin
mars 2027 ( !) entre Hambourg et Munich, avant de passer à une fréquence
quotidienne.
L’entreprise Luna Rail est une autre startup de Berlin, fondée par Anton
Dubrau. Il a auparavant travaillé 5 ans chez Deutsche Bahn Management
Consulting (DBMC). Luna Rail développe actuellement deux concepts
différents d’aménagement intérieur pour les trains de nuit.
À l’inverse de Nox (quoiqu’à préciser), Luna rail a développé un concept de
cabine modulable permettant aux véhicules d’être exploiter comme des
véhicules interurbains haut de gamme en journée, en hôtel sur roues pour la
nuit.
Le concept Hotel Pod de Luna Rail permet aux voyageurs individuels de
disposer d’un espace privé dans une cabine spacieuse, tout en maximisant la
capacité de la voiture. Durant la journée, la banquette violette sert de
canapé et permet d’utiliser la cabine comme espace de travail ou comme
salon. La nuit, ce canapé peut être facilement transformé en lit. Des
cabines pour deux et trois personnes sont également prévues pour cette
variante.
Le concept *Seat Pod* permet lui aussi de gagner de l’espace grâce à un
siège rabattable qui se transforme en lit. La capacité de cette
configuration se rapproche de celle des trains classiques de jour, tout en
offrant davantage de confort, aussi bien la nuit que durant la journée.
Fin juillet dernier, Luna Rail indique avoir formé un partenariat
stratégique avec Reissujuna pour proposer des services de trains de nuit en
Finlande. Reissujuna est un projet de « train d’aventure » expérientiel et
propose des voyages à thème et événementiels ainsi que des excursions en
train à vapeur. Cet opérateur indique avoir déjà acquis une petite flotte
de voitures-lits ex-VR (l’opérateur historique finlandais) et de voitures à
places assises pour ce projet. Le généreux gabarit des voitures
finlandaises permettrait d’obtenir des « pods » pas trop étroits.
On n’y penserait pas et pourtant. Le Centre allemand de recherche
aérospatiale (le DLR pour *Deutsches Zentrum für Luft- und Raumfahrt*)
présentait le projet ALISA, un nouveau concept de train de nuit développé
avec TRICON, GETA, satek et k+v. L’objectif est de combiner confort,
intimité, capacité élevée et exploitation économique.
Le concept repose sur une unité de trois caisses à deux niveaux, reliées
par attelage permanent, pour une longueur d’environ 46 mètres, soit 14m par
caisse, grosso modo comme les rames Talgo. Plusieurs unités peuvent être
accouplées afin d’adapter la longueur du train à la demande, à l’itinéraire
ou à la saison.
L’aménagement intérieur est également modulaire, avec des sièges
classiques, des fauteuils inclinables, des cabines individuelles ou doubles
et des compartiments familiaux ou accessibles aux personnes à mobilité
réduite.
Le DLR a particulièrement travaillé sur l’allègement de la structure. Des
zones fortement sollicitées sont renforcées tandis que d’autres sont
allégées, avec notamment l’intégration d’équipements dans la structure
porteuse et l’emploi de matériaux sandwich. Selon le DLR, cette approche
permettrait d’augmenter de 40 % la capacité sans accroître la charge à
l’essieu, en prenant comme référence le dernier Nightjet des ÖBB.
Autre particularité : les cabines peuvent être transformées en espaces
assis durant la journée. Comme pour Luna Rail, le train pourrait ainsi
assurer des services de nuit comme de jour, améliorant son utilisation et
son potentiel économique. Il n’y a cependant ici aucune date de lancement
ni sur quelle(s) relation(s).
Il est heureux de voir que le train de nuit fasse l’objet d’idées
novatrices qui visent avant tout le voyageur et l’expérience voyage, avec
les critères d’aujourd’hui. Il faudra probablement être encore patient pour
voir la concrétisation de ces projets.
Source : mediarail.be

Une réponse
Super ça. Et bien entendu ça arrive de Berlin. Peut être pour redonner le goût aux gens ?
Le 28 septembre 2026 15:59:55 GMT+02:00, Stephane Coppey <stephane@coppey.fr> a écrit :
Marc Gouttebroze