C’est une lente renaissance. Au début des années 2000, les uns après les
autres, les pays européens ont renoncé aux trains de nuit. Jugés trop
coûteux, trop lents, inadaptés à la concurrence de l’avion low cost et du
TGV, ils semblaient condamnés à disparaître. Dans l’imaginaire collectif,
le train de nuit appartenait à un temps révolu. Mais le mouvement s’est
inversé et il apparaît aujourd’hui comme le moyen de transport le plus
adapté aux enjeux de mobilité actuels et futurs. Pour des raisons
environnementales – sur un trajet en Europe, il est une alternative
crédible à l’avion –, et aussi parce qu’il répond à une fatigue
contemporaine de la vitesse. En réintroduisant une autre expérience du
déplacement, le train de nuit offre une façon d’éprouver les distances
plutôt que de les abolir. On quitte une ville au crépuscule et l’on se
réveille ailleurs, au milieu d’un paysage inconnu.
Le dernier grand train britannique
Le Caledonian Sleeper assure depuis le 24 février 1873 la liaison entre la
capitale britannique et les confins écossais. S’endormir à Euston Station
et se réveiller au cœur des Highlands écossaises : peu de voyages
ferroviaires conservent encore une telle puissance d’évocation. En treize
heures, le train relie Londres à Fort William, dans les hautes terres
sauvages du nord-ouest de l’Écosse. Le train quitte Londres à 20 h 30, les
banlieues industrielles défilent derrière les vitres en longues traînées
lumineuses, puis le paysage disparaît peu à peu dans l’obscurité. À bord,
dans une atmosphère feutrée de bois sombre et rideaux épais, le sommeil et
les rêves s’accordent aux secousses du wagon. Au petit matin, la lumière
rasante éclaire les landes couvertes de brume. Un petit déjeuner écossais –
saucisses, œufs, black pudding – est servi, tandis que surgissent les
premiers reliefs des Highlands. Nationalisé par le gouvernement écossais en
2023, à l’occasion de son 150e anniversaire, le Caledonian Sleeper est bien
plus qu’une simple liaison ferroviaire : il est une fierté nationale et,
pour beaucoup, une certaine idée du voyage britannique.
En pratique
Le Caledonian Sleeper relie chaque soir la gare londonienne d’Euston aux
grandes villes écossaises. Depuis la capitale britannique, plusieurs
branches permettent de rejoindre Glasgow (environ 7h30 de trajet),
Édimbourg (7h45), Inverness (12h), Aberdeen (10h) et Fort William (13h).
Les voitures se séparent au cours de la nuit pour desservir les différentes
destinations. Les passagers peuvent choisir entre siège inclinable, cabine
classique ou compartiment avec lit double et salle d’eau privative.
La branche vers Fort William est souvent considérée comme l’une des plus
belles lignes ferroviaires du Royaume-Uni, notamment au lever du jour,
lorsque le train traverse les paysages isolés de Rannoch Moor et des
Highlands occidentales.
Vers le cercle polaire
Quitter la capitale suédoise à la tombée du jour pour se réveiller aux
portes de l’Arctique : voilà la promesse du NT 94. Ce train de nuit
serpente à travers la Laponie, franchit les étendues silencieuses de Luleå
et Kiruna, puis file vers les fjords norvégiens jusqu’à Narvik. Près de
mille kilomètres avalés pendant le sommeil, avec en toile de fond l’une des
régions les plus préservées d’Europe.
L’hiver, des voiles vertes ondulent parfois au-dessus des forêts de
bouleaux ; l’été, le soleil de minuit baigne les wagons d’une clarté
laiteuse qui brouille toute notion du temps : un chemin de lumières. Les
voitures, au style fonctionnel suédois hérité des années 1990, affichent
une patine assumée. Sièges inclinables, compartiments de six couchettes ou
cabines privatives à trois lits avec douche : chacun choisit son niveau de
confort. Le vrai luxe, ici, c’est le temps suspendu. La voiture-restaurant
fait office de salon partagé. L’été, randonneurs suédois et voyageurs venus
de toute l’Europe s’y retrouvent autour d’un café fumant, échangeant
itinéraires et bons plans. Ambiance refuge de montagne sur rails.
En pratique
Départ de Stockholm Central, à 18h, arrivée à Narvik le lendemain en fin de
matinée.
Escale stratégique : Murjek (83 habitants), porte d’entrée du parc national
de Sarek pour les trekkeurs aguerris.
Depuis Narvik, il y a un accès direct aux îles Lofoten et aux spots
d’observation d’aurores boréales.
Un conseil : réservez tôt en haute saison. Les cabines privatives partent
vite, et ce train a ses fidèles.
Le retour des longues traversées nocturnes
Le grand hub européen du voyage nocturne se situe à Vienne. La compagnie
autrichienne ÖBB a fait du train de nuit un axe stratégique majeur avec son
réseau Nightjet, devenu en quelques années une référence européenne. Depuis
la capitale autrichienne, les rames irriguent le continent : Rome,
Hambourg, Zurich, Amsterdam, Bruxelles ou Paris se rejoignent désormais via
le rail. Les trains autrichiens circulent désormais toutes les nuits en
Europe centrale, de Hambourg à Zurich et de Rome à Vienne.
À bord, tout est pensé pour réhabiliter le confort du temps long. Les
nouvelles voitures adoptent les codes de l’hôtellerie en misant sur
l’intimité et le confort : bois clair, lumières indirectes, capsules
individuelles, cabines privatives avec douche, rideaux épais qui isolent du
monde extérieur. Une génération entière redécouvre le plaisir de s’endormir
dans une ville et de se réveiller dans une autre.
D’autres lignes séduisent moins par leur confort que pour la part d’imprévu
qu’elles conservent. Le Bosphorus Express, qui relie Bucarest (Roumanie) à
Istanbul (Turquie), appartient à cette catégorie. Plus rustique, il
traverse les Balkans dans une atmosphère presque hors du temps. En pleine
nuit, des contrôles de frontière interrompent le sommeil dans de petites
gares perdues de Bulgarie. Le voyage devient aventure.
Plus au sud, l’Italie cultive également cet imaginaire ferroviaire. Le
Intercity Notte, à destination de la Sicile, offre l’une des expériences
les plus singulières d’Europe. Au petit matin, près de Messine, le train
entier embarque sur un ferry pour franchir le détroit. Depuis la couchette,
on sent le roulis du bateau avant de reprendre la route ferrée vers Catane,
Syracuse ou Palerme.
Source : voyageursdumonde.fr

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