La revanche du train de nuit


Longtemps éclipsé par l’avion et le TGV, ce mode de transport fait son
grand retour en Europe. Il faut dire qu’il incarne une nouvelle façon de
voyager : plus lente, responsable et romanesque.

Si les trains de nuit occupent une place importante dans les films et la
littérature, c’est parce qu’ils symbolisent le mystère, le voyage
intérieur, la rencontre. Ils reviennent pourtant de loin. En 2017, seules
les lignes Paris- Rodez et Paris-Briançon résistaient. Les deux dernières
lignes internationales (Paris-Venise et Hendaye-Lisbonne) s’étaient
arrêtées en 2020 en pleine pandémie. Post-Covid, Emmanuel Macron, annonçait
leur relance avec les lignes Paris-Nice et Paris-Tarbes en 2021, suivies
par Paris-Aurillac, en 2023. Depuis le 26 mars, European Sleeper qui permet
déjà de rejoindre Bruxelles depuis Paris en train de nuit, étend sa ligne
jusqu’à Berlin. Cette alternative à l’avion et au TGV entre Paris et Berlin
affiche un taux de remplissage avoisinant les 90%, malgré un trajet de…
8h20.

Depuis, boostés par une offre plus confortable, voire luxueuse sur
certaines lignes, les trains de nuit connaissent un véritable renouveau
avec plus d’un million de voyageurs en 2024. C’est 26 % de plus qu’en 2023
et plus du double qu’en 2019. Ce retour de flamme n’est pas qu’un effet de
mode, mais la conséquence de mutations environnementales, économiques et
sociétales profondes. À l’heure où les voyageurs repensent leur façon de se
déplacer, le train de nuit s’impose comme une alternative crédible et
attractive.

L’expérience du slow travel
C’est évidemment un modèle d’écologie par rapport à l’avion car il émet
nettement moins de CO₂ et permet de parcourir de longues distances. Voyager
en train représente entre 1 et 5% des émissions de l’avion, soit entre 170
et 210 kg de CO₂ par personne pour un trajet Paris-Berlin, par exemple.
Pour les voyageurs issus de la GenZ et très soucieux de réduire leur
empreinte carbone, le train représente un choix cohérent et responsable.
S’ajoute le facteur économique : voyager la nuit permet de cumuler
transport et hébergement, réduisant de facto, le coût global du
déplacement. Dans un contexte d’inflation, cet argument séduit jeunes
voyageurs et familles. D’autant qu’un voyage de nuit en train coûte environ
30% moins cher que l’équivalent en TGV, de jour !

Le développement de nouvelles offres avec des couchettes modernes et des
cabines privées rend aussi ces trains bien plus confortables et attractifs
qu’autrefois. Le rail reste l’un des moyens de transport les plus sûrs. Et,
sur des distances moyennes, il est souvent moins fastidieux que la voiture
ou l’avion, avec des gares situées en centre-ville et des formalités
d’embarquement moins contraignantes que dans un aéroport.

Une dynamique européenne
Pour accompagner cette renaissance du train de nuit, des investissements
importants ont été engagés, avec une volonté de renforcer la coopération
européenne par le rail et de favoriser cette nouvelle mobilité. En novembre
dernier, la Commission européenne a présenté son nouveau plan d’action pour
le rail à grande vitesse avec l’objectif de bâtir d’ici 2040 « le réseau
ferroviaire le plus rapide, interopérable et connecté du monde ». Mais il
est aussi l’un des plus vieux d’Europe… Annoncé par le ministre des
Transports, l’investissement d’un milliard d’euros a finalement été
repoussé, faute de budget. Certains obstacles subsistent, comme les coûts
d’exploitation élevés, la complexité des réseaux nationaux et la
concurrence persistante de l’aérien. Mais sans remettre en cause la
dynamique actuelle.

Car, choisir de voyager la nuit répond avant tout à une évolution des
attentes des voyageurs, qui recherchent des expériences plus lentes, plus
humaines et moins stressantes. Un temps long, propice au repos, à la
lecture ou à la contemplation. Cette dimension émotionnelle, conjuguée à de
véritables expériences de luxe contribue aussi à rendre les voyages en
train de nuit de plus en plus désirables.

L’Orient Express, mythe éternel du rail
Depuis plus de 140 ans, l’Orient Express cultive un certain art du voyage
avec son train légendaire. Une quintessence du raffinement qui continue de
fasciner, comme en témoigne le succès de l’exposition de maquettes taille
réelle du futur train Orient Express, présentées à Paris jusqu’au 26 avril,
sous la nef du Musée des Arts décoratifs. Il faut dire que, s’endormir à
Paris et se réveiller à quelques encablures des canaux de Venise reste l’un
des voyages les plus romantiques d’une vie. Le Venice Simplon Orient
Express, désormais opéré par Belmond, offre une parenthèse d’élégance entre
Paris et Venise, mais aussi vers Istanbul ou Rome. L’embarquement se fait
gare de l’Est, à bord d’un train composé de voitures-lits dont les cabines
se transforment le soir en ultimes couchettes. Chacune dispose d’un petit
cabinet de toilette restauré à l’identique et offre la perspective d’un
voyage dans le temps mémorable.

Depuis Rome, Venise ou Palerme, la compagnie Orient Express (propriété
d’Accor), à ne pas confondre avec la précédente, propose également des
périples à travers l’Italie à bord de « La Dolce Vita Orient Express ». De
quoi s’offrir une escapade mémorable et un concentré de l’esprit des années
1960 et du design italien, signé des architectes de Dimorestudio. En 2027,
le train « Orient Express » renaîtra avec dix‑sept voitures somptueusement
réinterprétées avec la splendeur Art déco de l’Orient Express original pour
un trajet inoubliable qui mènera jusqu’à Istanbul.

Loin d’être un vestige du passé, le train de nuit incarne à merveille le
temps long et le voyage de demain Surtout à l’heure où l’Europe repense ses
mobilités et où la destination finale compte autant que le chemin pour y
parvenir…

Source : L’Opinion

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