La nouvelle offre de la SNCF visant à créer des espaces calmes réservés aux
voyageurs de plus de 12 ans suscite le débat. En Europe, d’autres pays
choisissent au contraire d’aménager des trains spécialement pour les
familles.
Une polémique et des questions. En annonçant le 8 janvier le lancement de
sa nouvelle offre “Optimum”, destinée à remplacer la classe Business
Première qui a pris fin le 19 décembre dernier, la SNCF ne s’attendait
certainement pas à susciter autant de débats.
Destinée aux voyageurs “*souvent professionnels*”, cette classe “no kids”
(sans enfants) vise à garantir un environnement calme. “*Cet espace calme
est accessible à partir de 12 ans. Les plus petits sont bien sûr les
bienvenus dans le reste du train*”, a indiqué l’entreprise lors du
lancement, suscitant aussitôt des réactions de voyageurs estimant que les
enfants n’étaient pas vraiment les bienvenus à bord des rames.
Pour dissiper les inquiétudes, la directrice des offres TGV Inoui chez SNCF
Voyageurs, Gaëlle Babault, a tenu à rappeler que les enfants n’étaient “*pas
exclus [des] TGV*”, soulignant que seuls les moins de 12 ans n’étaient pas
admis dans la classe Optimum Plus, et que ces places ne représentaient “*que
8 % des espaces proposés dans [les] trains du lundi au vendredi*”. Et
d’ajouter que toutes les offres étaient pensées “*pour tous et bien
évidemment pour les familles”*, citant l’exemple des *”espaces nurserie”*.
Dans des trains pouvant accueillir entre 500 et 1 000 passagers selon leur
configuration, seules 39 places sont réservées à la classe Optimum Plus sur
les 39 TGV quotidiens reliant Paris à Lyon, soit un peu plus de 1 400
sièges disponibles chaque jour en semaine. Le choix de limiter pour
l’instant cette offre à cette ligne n’est pas anodin : 40 % des voyageurs y
sont des professionnels, une proportion bien plus élevée que sur le reste
du réseau à grande vitesse.
Malgré ces précisions, certains continuent de percevoir cette initiative
comme une marginalisation des enfants et la confirmation d’une tendance
observée plus largement en France. Dans un entretien accordé à l’AFP le 23
janvier, l’adjoint de la Défenseure des droits, Claire Hédon, a alerté sur
le coût “*humain, psychologique et économique*” du manque de considération
d’une jeunesse “*de plus en plus stigmatisée*”.
Mais alors, qu’en est-il des conditions de transport pour les enfants chez
nos voisins européens ? La France est-elle un cas isolé ?
En *Suisse*, les trains Inter City à deux étages sont souvent cités comme
référence pour les voyages en famille. Sur ces lignes reliant les
principales villes du pays, chaque train dispose d’une voiture spécialement
aménagée pour les enfants. On y trouve une aire de jeux ainsi que des
espaces prévus pour les poussettes. Côté tarifs, les enfants de moins de 6
ans voyagent gratuitement sur les trains longue distance du réseau, tandis
que ceux âgés de 6 à 16 ans bénéficient d’une réduction de 50 % sur le prix
du billet.
En *Allemagne*, la Deutsche Bahn <www.bahn.de/> offre plusieurs
avantages aux familles. Le principal concerne les tarifs : les enfants de
moins de 14 ans voyagent gratuitement lorsqu’ils accompagnent un adulte sur
de longs trajets. Plus intéressant encore que le modèle suisse, les enfants
âgés de 6 à 14 ans voyageant seuls bénéficient d’une réduction de 50 % sur
leur billet. Dans les ICE, les trains à grande vitesse allemands, certains
wagons de seconde classe disposent d’espaces dédiés aux familles
(Familienbereich) ainsi que de compartiments pour les tout-petits
(Kleinkindabteil). Selon le train, ces places peuvent se trouver dans le
même wagon ou dans des wagons séparés. Elles sont toujours situées près des
toilettes, équipées de tables à langer.
En *Autriche*, la compagnie ÖBB suit une démarche similaire dans ses trains
Railjet. Les “Familienzone” proposent des tables de jeux, des espaces
adaptés aux enfants, et même un petit cinéma pour enfants diffusant des
films sur écran. L’objectif reste le même : offrir aux familles des espaces
conçus pour elles plutôt que de leur demander de rester discrètes. Quant
aux prix, les enfants voyagent gratuitement jusqu’à 6 ans, puis bénéficient
d’une réduction de 50 % entre 6 et 15 ans.
Plus au nord, la *Finlande *se veut aussi particulièrement accueillante. La
compagnie ferroviaire publique dispose d’un wagon aménagé en espace de jeux
avec toboggan, installations en bois, mais aussi une petite bibliothèque et
des bancs pour lire. Par ailleurs, les trains de nuit du pays comptent
des *”cabines-couchettes
suffisamment spacieuses pour accueillir la plupart des lits parapluie pour
enfants*”.
En *Suède*, les personnes qui voyagent avec deux enfants bénéficient d’une
réduction de 85 % sur leurs billets (sur la base du prix adulte). Si
l’opérateur “SJ” met l’accent sur un confort adapté aux familles pour les
trajets plus longs et des services “enfants”, les espaces ne sont pas
toujours labellisés comme des aires de jeux physiques et n’offrent pas le
même éventail d’options que dans les pays cités plus haut.
En *Espagne*, la Renfe assume exclure les plus jeunes de certains espaces
où le calme est censé régner. “*Les mineurs de moins de 14 ans et les
animaux de compagnie ne sont pas admis*”, peut-on lire sur la page de son
site <www.renfe.com/es/es/viajar/el-viaje/a-bordo/coche-en-silencio>
consacré aux “espaces calmes”. Le service “Coche en Silencio” (voiture
silencieuse) est uniquement disponible pour les sièges standard dans les
trains AVE (Alta Velocidad Española, “grande vitesse espagnole”), “*à
l’exception des trains AVE Internacional entre l’Espagne et la France et
Euromed*”. L’entreprise recommande d’acheter son billet “*le plus tôt
possible*”, ce service étant “*très demandé*”.
Enfin, en *Italie*, la compagnie Trenitalia, concurrente directe de la SNCF
(notamment sur les axes Paris-Lyon et Paris-Marseille), offre de son côté
la possibilité de choisir entre un espace “Silenzio” ou “Allegro” – sans
toutefois exclure explicitement les enfants de la partie silencieuse du
train. À noter qu’en France, en Espagne et en Italie, les enfants voyagent
gratuitement sur les trains jusqu’à 4 ans (puis bénéficient généralement
d’une réduction de 50 % jusqu’à 11-14 ans, selon les compagnies et types de
trains).
En juin 2025, l’Observatoire européen de la diversité s’est intéressé à la
multiplications des espaces sans enfants en Europe. Selon l’organisme,
cette tendance, loin d’être anodine, est la manifestation d’une société “*de
plus en plus individualiste, voire discriminatoire à l’égard des plus
jeunes*”. Sont notamment visés des comportements associés à l’enfance comme
les cris, les pleurs ou les jeux bruyants.
Face à cette forme d’exclusion, Sarah El Haïry, haute-commissaire à
l’enfance en France, a annoncé le 11 juin 2025 la création du label “Le
choix des familles” afin de réaffirmer la place des enfants dans la
société. En 2024, la sénatrice socialiste Laurence Rossignol avait déposé
une proposition de loi visant à reconnaître l’âge comme un motif de
discrimination. Présenté comme une “loi d’alerte”, le texte cherchait à
dénoncer et à limiter la banalisation d’offres commerciales excluant les
enfants, notamment dans certains campings ou hôtels.
Un constat également dressé par la porte-parole du gouvernement, Maud
Bregeon. S’éloignant du seul cas de la SNCF sur lequel le gouvernement n’a
pas l’intention d’intervenir, la dirigeante a réagi le 25 janvier et ouvert
un débat plus large sur le modèle de société en train de se
construire. “*J’observe
aujourd’hui que certains hôtels refusent d’accueillir des enfants*”
a-t-elle déclaré, avant d’ajouter : “*quelle société voulons-nous ? Une
société sans enfants est une société qui se meurt. C’est cela le message
qui est envoyé*”..
Source : touteleurope.eu

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