Personne, ni au ministère des transports ni à la SNCF, ne veut le confirmer
officiellement, mais c’est la fin pour les trains de nuit qui reliaient
Paris à Berlin et Paris à Vienne. La liaison Paris-Berlin avait été
relancée en grande pompe il y a moins de deux ans, vantée comme un symbole
du renouveau de ce mode de transport sobre et lent. Celle entre Paris et
Vienne l’avait été deux ans plus tôt. Elles n’auront pas survécu aux coupes
budgétaires et à l’arrêt des aides financières du ministère décidé ces
dernières semaines. Et à l’absence de rentabilité.Ces deux lignes étaient déficitaires. Comme le sont d’ailleurs les autres
trains de nuit, les Intercités ou les TER. C’est l’Etat ou les régions qui
compensent, selon des modalités diverses, la différence entre les recettes
de billets et le coût pour les exploitants. En l’occurrence, la SNCF,
alliée à ses partenaires allemand et autrichien, respectivement la Deutsch
Bahn et ÖBB – cette dernière fournissant les trains de nuit, une denrée
devenue rare en Europe.
Ces trains sont par essence extrêmement difficiles à rentabiliser pour les
exploitants ferroviaires, qui font valoir qu’ils ne peuvent faire rouler
leur matériel qu’une fois par vingt-quatre heures – contre plus de quatre
fois en moyenne pour un TGV – et qu’il y a moins de place à vendre que dans
un train classique, pour des coûts d’exploitation supérieurs.
Pour esquiver cette difficulté tout en restant dans les clous du droit
européen en matière d’aides d’Etat, le gouvernement avait octroyé une aide
au démarrage pour un an, renouvelable deux fois. Elle fut donc renouvelée
en 2024, mais ne le sera pas une seconde fois. Selon une source au
ministère des transports, la décision a été prise au début de l’été « au
niveau du cabinet du ministre », après que le ministère a reçu de Matignon
sa « lettre plafond », qui fixe le maximum des dépenses pour l’année à
venir.
Selon nos informations, cette aide s’élevait entre 5 millions et
10 millions d’euros par an. En son absence, c’est un manque à gagner
certain pour la SNCF, mais pas de quoi mettre en péril l’entreprise
ferroviaire qui a dégagé de copieux bénéfices ces dernières années.
« L’Etat actionnaire nous demande d’être rentables et nous ne le sommes
qu’au prix d’efforts considérables, il ne peut pas nous demander d’assurer
des dessertes à perte pour le symbole, même si c’était un beau symbole »,
se désole une source au sein de l’entreprise publique.
Du côté des services de l’Etat, on reproche à la SNCF et à ses partenaires
de ne pas avoir respecté l’engagement qui avait été pris de faire un
aller-retour quotidien, comme c’était initialement prévu – seulement
trois allers-retours hebdomadairesétaient jusqu’ici disponibles. Voire de
ne pas avoir tout fait pour la réussite des trains de nuit et, enfin,
d’avoir concentré les efforts sur la liaison Paris-Berlin en TGV, lancée en
décembre 2024, et qui est bien plus rentable.
L’information s’ébruitant à la faveur de communications d’associations
environnementales ou de défense des trains de nuit, la SNCF et le ministère
se sont empressés de ne rien confirmer officiellement pour ne pas être les
premiers à endosser la responsabilité de l’arrêt de cette ligne
symbolique. « Nous n’allons pas nous exprimer sur ce dossier à ce stade »,
a répondu la direction de SNCF Voyageurs à nos demandes de précisions. Echo
similaire au ministère qui ne « fera pas de commentaire sur ce sujet ».
A moins d’un improbable revirement de l’un des protagonistes, la liaison
s’arrêtera donc le 12 décembre 2025. En 2024, 36 000 passagers avaient
emprunté le train de nuit jusqu’à Vienne et 30 000 celui de Berlin. « C’est
une fréquentation élevée pour une première année d’exploitation, qui a été
en plus marquée par une interruption de treize semaines en raison de
travaux
<www.lemonde.fr/economie/article/2024/06/26/le-train-de-nuit-paris-berlin-deja-suspendu_6243956_3234.html>»,
regrette Nicolas Forien, du collectif Oui au train de nuit.
Dans une étude publiée en mai, l’ONG Réseau Action Climat avait souligné
l’engouement des Français pour les trains de nuit, en compilant les données
issues des comités de suivi de chacune de ces lignes. Malgré les problèmes
opérationnels, les retards, les annulations et l’offre famélique, plus d’un
million de voyageurs ont pris un train de nuit en 2024 en France.
« Les trains de nuit internationaux sont en 2025 dans la même situation que
les trains de nuit nationaux en 2015 : la SNCF saborde le service et
encourage ainsi l’Etat à s’en débarrasser, sur fond d’un cadre
réglementaire mal adapté », déplore, dans un communiqué, le collectif qui
souligne également l’évolution nécessaire du droit européen afin
d’« autoriser plus clairement les subventions aux trains de nuit
internationaux » alors que, dans le transport aérien, « le kérosène reste
défiscalisé ».
Le collectif Oui au train de nuit a organisé une « pyjama party », vendredi
26 septembre, à la gare de l’Est, à Paris, au départ des Paris-Vienne et
Paris-Berlin. L’un des derniers avant l’interruption du service.
Source : EnvireonnementSantéPolitique.fr
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